Grands dossiers

Un pays pour nous tous (Partie 1 de 3)

LE TRÈS COURT TERME

(première partie)

 Le document qui suit est extrait de «Un pays pour nous tous», «Yon peyi pou noutout», un projet global de développement humain durable d’Haïti, que nous avons conçu et rédigé pour le démarrage de notre pays. Il s’agira dans un premier temps de le vulgariser le plus largement possible. Si, comme nous l’espérons, nos idées font un consensus assez large chez nos concitoyens, nous proposerons à ce moment un scénario de gouvernance pour leur mise en œuvre. Je veux dores et déjà prévenir mes compatriotes frères et sœurs que je ne suis intéressé à aucune fonction de quelque nature dans l’administration publique haïtienne. Par contre, je reste prêt à l’impossible pour prévenir les racketteurs politiques de tout acabit de détourner ce travail qui m’a pris plus qu’une bonne douzaine d’années de labeur continu.

Les visiteurs de notre blog peuvent faire circuler le document sans aucune restriction. Par contre, toute utilisation à quelque autre fin que ce soit requiert une autorisation écrite préalable de l’auteur.

Nos experts gouvernementaux en opérations de relations publiques stériles n’ont toujours eu qu’un mot à la bouche : investissements. Comment ce concept peut-il s’appliquer à notre Haïti d’aujourd’hui?

1/ D’un gouvernement à l’autre nos courtiers n’ont jamais arrêté de se promener à l’étranger avec l’argent des contribuables plein leurs poches sous la rubrique frais, sous prétexte d’aller traquer des investissements. Pas un seul n’a jamais encore apporté dans ses valises un plan de développement global d’Haïti, se contentant de ces petits catalogues d’actions disparates, très souvent sans cohérence les unes avec les autres.

2/ Quand il leur est arrivé de parler d’infrastructures ils se sont essentiellement limités à leurs blocs de béton toujours assez imposants pour impressionner les compatriotes mal informés ou à de nouvelles couches de revêtement sur les sentiers ouverts par les marines depuis l’Occupation américaine, juste parce que ce filon leur facilite la tâche de détourner les fonds publics.

3/ La question de création d’emplois quant à elle s’est circonscrite à une sollicitation pressante et permanente auprès des industries de sous-traitance du marché global et ils seraient plus que heureux de harponner une ou deux entreprises style Caracol , dans le département du nord, où la soupe semble nous avoir déjà coûté plus cher que le poisson.

Soyons très clair au départ. En attendant de concrétiser l’environnement propre à les accueillir (ordre et sécurité publique, assainissement du territoire, infrastructures, sans oublier ce fameux plan global) Haïti doit présentement oublier les investissements privés et faire appel à des fonds publics locaux et internationaux dans l’exploitation d’un certain nombre de pistes déjà disponibles et qui ne demandent qu’à être explorées sérieusement. Nous proposons en l’occurrence pour le court terme un premier paquet de neuf projets structurants dont la plupart vont se poursuivre à moyen et long terme et une autre proposition plus vaste, sorte de projet pilote figurant une Haïti en modèle réduit. En voici donc sans plus tarder les descriptifs :

A) UNE CRÉATION MASSIVE D’EMPLOIS ET UN PAYS PROPRE POUR ROMPRE UNE FOIS POUR TOUTES LE CERCLE VICIEUX DE LA DÉPENDANCE DU CITOYEN ENVERS L’ÉTAT ET SES CHEFS-BONS-PAPAS.

La démocratie ne saurait se construire en l’absence de citoyens autonomes . La majeure partie des calamités qui tenaillent actuellement notre pays et sa population ont une origine commune: le chômage scandaleux qui maintient dans la pauvreté absolue plus de 60 % de nos compatriotes valides. Ils ne parviendront jamais à une existence décente avec le statut d’assistés humanitaires, encore moins dans la multiplication de «cantines populaires» ou à coup de subventions dérisoires en début d’année scolaire, prétendument pour garantir la scolarisation universelle.

Sans devoir vendre une seule parcelle de notre territoire à des profiteurs qui ne rêvent que de nous maintenir indéfiniment dans notre situation de porteurs d’eau, nous avons la possibilité de créer rapidement des dizaines de milliers d’emplois à travers quatre programmes immédiatement réalisables:

a) le premier visant à la collecte permanente des détritus et leur élimination par recyclage dans toutes les régions du pays. Nous invoquons entre autres la production de compost et la fabrication de briquettes pour remplacer le charbon de bois comme source énergétique.

b) le second pour contrer les dégâts de plus en plus destructeurs des eaux de ruissellement et de l’érosion qui s’en est suivi, à travers le désensablement de tous nos grands et moyens cours d’eau.

c) le troisième pour réhabiliter et protéger nos terres agricoles à travers des actions vigoureuses de:

-construction de gabions sur les flancs de nos montagnes dénudées, pour freiner la fuite de nos terres vers la mer.

-épandage programmé de compost dans ces zones.

-reboisement accéléré principalement en arbres fruitiers et bois précieux, après en avoir planifié tous les détails.

d) la filière café représente notre 4e volet. Des études ont déjà identifié des sites pour la production de café gourmet dont l’exploitation brasserait des chiffres d’affaires avoisinant le ½ milliard, moyennant un investissement initial de 18 millions. Il s’agira donc de débuter sans délais les étapes de mise en œuvre du projet, tout en préparant de nouvelles zones à son expansion.

Les opérations de création d’emplois débuteraient dans les régions éloignées pour soulager les chef-lieux et les autres grandes villes qui croulent actuellement sous leur fardeau démographique, en offrant du travail ailleurs à leurs habitants, qui décideraient probablement d’abandonner les bidonvilles, au-delà peut-être des espérances les plus optimistes, moyennant un minimum de structures de réintégration dans leurs patelins d’origine. Ces activités constituent à elles seules une pépinière de plusieurs dizaines de milliers d’emplois à brève échéance.

La présentation d’un pays propre nous ouvrira par ailleurs une fenêtre sur un développement touristique en conformité avec nos intérêts et nos moyens du moment. C’est pourquoi nous privilégierons les petites et moyennes exploitations allant de cinq à quinze chambres sur les méga installations. Les avantages de ce schéma sont multiples:

1/ Il mettra à portée de notre classe moyenne de nombreuses et belles opportunités

2/ Il cimentera le concept de proximité entre visiteurs et hôtes, avec comme conséquence une meilleure prise en charge de nos touristes, qui deviendront à n’en pas douter nos plus efficaces ambassadeurs à l’étranger.

3/ La priorité accordée à l’entrepreneurship local nous garantira que les revenus majeurs de notre industrie touristique reviendront à nos citoyens d’abord et avant tout.

Nous devrions penser dès à présent à l’érection de centres de formation pour maîtres d’hôtel et personnels de soutien.

B) LA PLANIFICATION DU PROCESSUS DE RECONSTRUCTION DES AGGLOMÉRATIONS DÉVASTÉES PAR LE SÉISME.

Le 31 mars 2010, la communauté internationale a organisé à New-York ce qu’elle a appelé la Conférence de New-York pour la reconstruction d’Haïti. Cette initiative a accouché du même coup d’un rejeton, la CIRH, une structure appelée à gérer les 11.5 milliards de dollars qu’elle prétendait avoir collectés pour la circonstance. Plusieurs compatriotes s’étaient alors mis à s’exciter à l’idée que en deux et trois mouvements toutes les constructions effondrées se relèveraient promptement de leurs ruines. Tout le monde avait embouché la même trompette à une seule note : l’urgence c’est la reconstruction. Hélas, trois ans bien comptés depuis la catastrophe, rien n’a été fait, alors qu’un rapport circonstancié de la MINUSTAH nous a annoncé que les deux tiers des sommes promises ont été dépensés. Entre temps la majorité des sinistrés se sont arrangés avec les moyens du bord pour tromper le soleil et la pluie, une preuve, si besoin en était encore, que la reconstruction n’était pas l’urgence en Haïti. Que dire de plus, au moment où notre communauté internationale a confessé s’être vraisemblablement trompée de cible, pour n’avoir pas privilégié la création d’emplois sur la reconstruction de maisons.

En réalité tout le monde dans ce dossier a joué au poker menteur, la communauté internationale qui s’est engagée avec des promesses irréalistes et nous Haïtiens, par peur de la dure réalité que reconstruire sur les ruines d’une catastrophe comme celle du 10 janvier 2010 pouvait être un processus très complexe, même dans un état américain comme la Louisiane.

Une fois faites ces considérations, le réalisme nous commande de renvoyer au moyen et long terme le dossier reconstruction post-séisme, d’autant plus que, même avec des financements disponibles, trop de problèmes préliminaires cruciaux devront être résolus avant de s’attaquer à la phase rebâtir proprement dite. Comment en effet s’y atteler sans donner réponse à un certain nombre de questions préalables? Citons de façon non exhaustive :

-Les propriétés complètement affaissées sont-elles déjà répertoriées avec des propriétaires confirmés ?

-Va-t-on reconstruire Port-au-Prince sans un plan de zonage d’ensemble incluant toutes les agglomérations limitrophes et dans le respect d’un schéma national d’aménagement du territoire présentement inexistant?

-Voudrait-on rebâtir notre capitale en épargnant les nombreux bidonvilles qui la cernent, pendant que nos autorités elles-mêmes s’affairent à en créer d’autres ?

-Pensons-nous ériger des bâtiments dont les pieds continueront à baigner dans les eaux puantes persistant plusieurs jours après des averses même modérées ?

-Combien de propriétaires de maisons effondrées détiennent présentement les capacités financières de les reconstruire ?

Ces interrogations très sérieuses ne sauraient néanmoins nous soustraire à l’obligation d’établir dès maintenant un plan de reconstruction des zones dévastées en trois points, qui tiennent compte des personnes d’abord. La pierre angulaire en serait une expansion de notre bord de mer, par remblayage d’une portion de la baie de Port-au-Prince, une option pour entre autre absorber ce qui reste des débris laissés par le séisme. De nos jours on construit même de véritables îles dans la mer (Dubaï en est un exemple).

Une fois toutes les conditions préalables réunies, l’État fixerait des délais aux détenteurs des maisons effondrées pour les rebâtir. Sinon il rachèterait les terrains en offrant en même temps à leurs propriétaires des possibilités de relogement dans des appartements en location avec options d’achat, sur les nouveaux territoires du bord de mer. Alors qu’on aura déjà commencé à déconcentrer Port-au-Prince par la création d’emplois incitatifs au retour dans leur patelin d’un nombre important d’habitants des bidonvilles, les mêmes territoires du bord de mer pourraient accueillir des habitations à loyers modiques à l’intention de résidents de ces quartiers qui pour des raisons sérieuses seraient incapables de regagner leurs régions d’origine.

C) UN CONSENSUS SUR UNE DÉFINITION CLAIRE DE NOS AXES DE DÉVELOPPEMENT PRIORITAIRES ET UN PLAN DE ZONAGE NATIONAL Y RELATIF

État des lieux physique
Sols – végétation – ensablement – littoral – pollution

Inventaire des ressources matérielles exploitables
Agriculture – pêche – littoral – Minéraux du sous-sol – Ressources énergétiques.

Ressources humaines
Nature et niveau de formation

Environnement politique

Revisiter la Constitution pour vérifier l’adéquation entre ses intentions politiques d’une part, notre niveau démocratique et les exigences du monde socio-économique global d’autre part. Quelle option viable?

Est-il possible de développer dans un contexte de gouvernance chaotique, sans vision?

Comment agir sur la politique pour la mettre au service du développement ?

Orientations du développement

Quelques idées en vrac :

Développement des ressources : Quel choix ? Accent sur les ressources matérielles ? Accent sur les ressources humaines ?

Quelle formation pour quelles finalités ? Ingénieurs ou sous-traitants ?

Quel plan de zonage ? Le schéma actuel d’occupation de l’espace est-il compatible avec le développement et la modernité ?

La terre : quelles capacités de produire ? Souveraineté ou sécurité alimentaire dans le contexte du marché global ? Comment utiliser notre territoire agricole ? Poursuivre le morcellement ou remembrer les parcelles ? A qui confier l’exploitation des terres ? Une politique de reboisement ? Exporter quoi ?

Les agro-industries

Quel projet énergétique ?

Comment capitaliser sur les avantages comparatifs de la main-d’œuvre haïtienne ? ( ingéniosité et habileté manuelle par exemple )

Quelle place pour le développement des technologies de l’information et de la communication ?

Comment transformer la production culturelle et artisanale en mécanique de développement économique ?

Quel schéma de développement touristique ?

Coopération et Relations internationales

Quelle gestion dans un contexte de pays assisté ?

D) LA DISPONIBILITÉ PROGRESSIVE DU COURANT ÉLECTRIQUE À BASE D’ÉNERGIE RENOUVELABLE EN PHASE AVEC NOS BESOINS.

Nous, Haïtiens, avons très souvent la tête dure. Nous persistons à vouloir développer nos capacités électriques à partir de pétrole, dont les coûts exorbitants nous obligent à livrer notre courant à des tarifs prohibitifs pour une immense majorité de notre population qui patauge par ailleurs dans un chômage chronique. Les derniers rapports nous apprennent entre autres que 80% de la production de l’EDH partent dans les prises clandestines et la compagnie est en faillite virtuelle depuis plusieurs années déjà. Malgré toute la bonne volonté que le président Chavez a manifestée jusqu’à date envers notre pays, je suis vraiment désolé de rappeler que ses expériences d’usines électriques à Port-au-Prince et Gonaïves ont été déjà expérimentées à Jacmel avec des fonds français et canadiens pour les résultats que nous savons. Nous ne ferons aucun développement en Haïti si nous continuons à croire que  »À cheval donné on ne regarde pas la bride ».

Nous devrions savoir par contre que dans le cas du courant électrique à base d’énergie solaire, des vents et des vagues de l’océan, les seuls gros investissements sont ceux des équipements. Or, il arrive comme par hasard que nos grands pays amis sont des experts renommés dans la fabrication de ces équipements et que nous avons , nous, du soleil, du vent et des vagues à en revendre. Y aurait-il par hasard un quelconque empêchement à ce que la France, les États-Unis, le Canada et l’Allemagne se mettent ensemble pour nous donner un coup de pouce pour l’acquisition du matériel de démarrage qui une fois installé, nous permettrait de vendre le courant à un prix abordable à nos petites gens, d’autant plus que notre projet de création massive d’emplois leur aura garanti des revenus pour payer leurs services.

E) LA GESTION DES BIDONVILLES.

La solution de base des problèmes des habitants des bidonvilles réside d’abord dans le projet de création massive d’emplois. Il ne nous restera plus qu’à aider ces compatriotes à se loger de manière décente et à organiser leur vie sociale. L’extension du bord de mer pour leur offrir des logements à loyers modiques restera l’option privilégiée, aussi longtemps que nous n’aurons pas d’alternative plus pratique

F) L’UTILISATION DE LA PIERRE ET DU SABLE EXTRAITS DES COURS D’EAU.

Ces matériaux serviraient à l’édification d’ouvrages de drainage destinés à protéger nos routes et nos constructions domiciliaires et commerciales et aussi au bétonnage de nos voies de communication.

G) LA CONSTRUCTION D’UNE AUTOROUTE TRANSNATIONALE.

Elle suivra le profil de notre littoral du Nord au Sud, avec quelques embranchements en direction des frontières dominicaines. Dans le même mouvement, tous les bords de mer de nos villes côtières seraient aménagés en lieux attrayants de promenade et de baignade, tout en accueillant les infrastructures du transport par cabotage à développer au cours des prochaines années, sans oublier celles destinées aux élevages de fruits de mer pour la consommation locale et l’exportation. Nous ne devrions pas non plus négliger, déjà à cette étape, la possibilité de remblayer la mer sur des portions ciblées de ces mêmes côtes pour accueillir des constructions, en l’absence d’autre alternative.

H) LA QUESTION CONSTITUTIONNELLE

Revisiter la Constitution pour vérifier l’adéquation entre les intentions politiques, notre niveau démocratique et les exigences du monde socio-économique global. Le choix d’une option viable?

I) PRÉPARER GONAIVES À LA CÉLÉBRATION DU 225e ANNIVERSAIRE DE NOTRE INDÉPENDANCE NATIONALE.

L’anniversaire du premier centenaire de notre existence de peuple nous a retrouvés dans un pays déchiré par les conflits irréductibles entre les partisans du président Tonton Nò et ceux de l’opposition. Quinze à peine plus tard, la situation s’était détériorée au point que les Américains ont décidé d’occuper notre pays, incapables que nous étions de maintenir un minimum de convivialité entre des frères et sœurs de même origine La commémoration de notre tri-cinquantenaire s’est éteinte dans une symphonie inachevée. Le 1er janvier 2004 nous a surpris, dressés hostilement les uns contre les autres, à nous tirer dessus sur la Place d’armes des Gonaïves.

Nous avons 16 bonnes années devant nous pour préparer notre berceau de l’indépendance à rassembler tous les enfants du paysdans une célébration de l’harmonie retrouvée, à l’occasion du 225e anniversaire de ce fait historique sans précédent. Aussi devrions-nous nous atteler dès maintenant aux tâches suivantes:

1) Inscrire Gonaïves et ses environs en priorité à l’intérieur de notre plan global de développement.

2) Définir et exécuter sans plus attendre un plan de drainage efficace de la ville

3) Débuter sans délai :

– un inventaire des ressources matérielles disponibles et des études sur l’apport de nouvelles sources de richesses.

– un plan ordonné de création d’emplois durables dans la région

4) Initier la réflexion sur les infrastructures destinées à la belle célébration que nous visons.

( à suivre )

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